Dakar, Sénégal, janvier 2025 – Je participe à une mission de recrutement, guidé par des collègues et amis d’origine sénégalaise qui prendront le volant. Chaque matin, nous quittons notre hôtel pour nous rendre à travers les rues vibrantes de Dakar dans une école technique où nous accomplirons notre mandat.
À la fin de notre mission, nos déplacements se sont toutefois compliqués. Nous nous sommes dirigés au centre-ville pour acheter des chandails de l’équipe nationale de foot : la Coupe d’Afrique bat son plein! Nous empruntons ensuite l’autoroute afin de terminer notre séjour dans un site de villégiature. Dans un embourbement urbain qui désorienterait n’importe quel nord-américain, nous sommes impliqués dans pas moins de trois petits accrochages et une collision par l’arrière, alors qu’une voiture a percuté notre minifourgonnette à un poste de péage.
Au Sénégal, lorsqu’un accrochage survient, la réaction des chauffeurs est toujours la même : regards échangés, évaluation rapide des dégâts, poignée de main pour régler à l’amiable, puis chacun reprend sa route. Cette façon de faire est une révélation pour moi et m’a fait prendre conscience du choc culturel que risquaient de vivre mes amis africains sur les routes du Québec.
Chez nous, une simple éraflure suffit à faire un drame : « À qui la faute ? », « Appelle ton assurance », « Ne bouge plus, je vais prendre des photos ». Sans oublier les regards accusateurs de celui qui vient de recevoir sa voiture neuve.
Mon voyage à Dakar m’a fait réaliser l’importance de développer une intelligence culturelle (IC) au sein de notre société. Des études ont démontré que les nouveaux arrivants peuvent rencontrer des difficultés temporaires, qui disparaissent après une période d’adaptation. Il est donc inexact d’associer immigration et hausse des accidents de la route. Les données n’appuient pas cette hypothèse et invitent à se méfier des généralisations.
La perception d’un événement est différente chez chaque individu, et cette perception est un terreau fertile pour les préjugés. Heureusement, c’est là que les compétences collectives entrent en jeu.
On parle depuis quelques années d’équité – diversité et inclusion (EDI) dans le but de créer un environnement Juste, équitable et permettre de lutter contre l’exclusion. Je suis d’avis que pour vivre ensemble nous devons ajouter la notion d’intelligence culturelle (IC). Ce sont des compétences qui permettent aux individus de mieux interagir avec des personnes de cultures différentes, en développant leur capacité d’adaptation dans des contextes interculturels.
L’IC est un nouveau champ de compétences pour nous, Québécois de souche, autant que pour les nouveaux arrivants. Elle implique de nouvelles formations en entreprise, moins axées sur les dynamiques de pouvoir ou l’inclusion sociale, et davantage sur l’efficacité relationnelle et l’adaptation. Elle se traduit, entre autre, par des approches informelles et conviviales – comme les échanges que j’ai eus avec mes collègues africains ici, en abordant en toute franchise nos différences en matière de conduite automobile et nos réactions respectives.
On rit, on s’apprivoise, on apprend les normes et on s’arrime plus vite aux mêmes règles.
Bref, comme sur les routes de Dakar ou de celles du Québec, on est souvent qu’à une égratignure de se comprendre
